Un Extrait - Du rouge sang aux caves painctes

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PRÉAMBULE


À bout d'arguments, fou de rage, il avait saisi le premier objet à portée de sa main et frappé, frappé, et frappé encore, avec une hargne et une violence dont personne ne l’aurait jamais cru capable.

Au lieu de le calmer, la vue du sang avait renforcé sa colère. Il en voulait à sa victime de s'être effondrée aussi vite et, maintenant, d'étaler son sang partout, comme un reproche liquide, comme s'il lui suffisait de le répandre autour de lui pour accuser son agresseur. Il l'avait voulu, il l'avait eu. Le vrai coupable c'était lui, ce fouineur, ce fouille-merde, cet homme arrogant et coléreux maintenant gisant au sol, geignant comme un nouveau-né.

Hagard, devenu fou, il ne voyait plus rien, ne savait même plus où il était. Quelle importance d’ailleurs ? La rancœur et la vengeance n’ont besoin ni de lieu ni d’espace, elles consument, leur flamme brûle seule, s’alimente d’elle-même comme un feu éternel jusqu’au moment de l’explosion finale. Il s’était embrasé en une fraction de seconde, devenant l’ange purificateur, la main du juste châtiment.
Il entrevit à peine une silhouette se précipiter vers lui en hurlant, desserrer des poings qu’il ne contrôlait plus et réussir à le désarmer en lui arrachant l'instrument de sa vengeance, de sa légitime vengeance…
Dérouté, il se laissa tomber au sol, pantelant, épuisé.

Il avait la tête vide, aussi vide que ses yeux tournés vers le néant. La nausée commençait à nouer son estomac, à l’envahir peu à peu avant de s’imposer et de le submerger. Il se tourna pour vomir, par réflexe, et surtout pour ne pas donner à sa victime le plaisir de contempler sa faiblesse, même avec ses yeux éteints.
Des yeux de mort.
À cette pensée, la tension qui l'avait fait agir retomba brutalement, aussi vite qu'elle était montée en lui, le laissant aussi inerte que le corps étendu près de lui sur un sol de plus en plus rouge du sang qui s’écoulait, qui s’approchait en emportant une vie. Il se recula, effrayé, presque terrifié par ces rigoles vermeilles semblables à des mains tendues pour le saisir.

Il ne savait plus très bien où il était, ni pourquoi. Il regarda autour de lui sans vraiment comprendre, ne reprenant ses esprits que lentement, alternant les phases de colère envers sa victime, d'abattement, et de dégoût pour l'acte dont il réalisait peu à peu être l'auteur.
Plus il se reprenait et plus la peur s’insinuait, plus elle prenait possession de son être et plus les événements qu'il venait de vivre et de provoquer s'effaçaient de sa mémoire et se brouillaient. Il devait réagir, faire face, sauver ce qui pouvait encore l’être. Dans un réflexe de sauvegarde son cerveau encore embrumé par ce déchaînement de violence se tendit vers cette unique et lancinante préoccupation : cacher, cacher ce que personne ne devrait savoir, jamais.

Mais comment se débarrasser de ce corps ? Comment faire disparaître la menace d’un corps inerte et sans vie ?



 
 
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